N° 2 - Marzo 2003 - Memorie

Dan Berindei

Accademia Romena - Bucarest

 

 

CONSTANTIN LE GRAND ET LES ROUMAINS

 

 

Pendant la huitième décennie du IIIe siècle, au cours des années 271 à 275, la province romaine de la Dacie fut évacuée par l’empereur Aurélien. L’Etat romain se trouvait sous la double pression des migrateurs et des troubles intérieurs. On avait donc décidé à réduire la longueur de la ligne de défense, en évacuant la province conquise par Trajan, qui selon Maurice Besnier représentait «une position excentrique, en flèche au delà du Danube»; par ailleurs, la province - tenant compte des permanentes incursions des migrateurs - était devenue non-rentable.

Cependant, l’évacuation n’avait pas été considérée en tant qu’une solution définitive, surtout que l’intégration de la province de Dacie au sein de l’empire avait été parachevée. Dans la zone sud-est européenne du continent s’était constituée «une puissante et large communauté de civilisation et de langue romaine» et dans celle-ci les Daco-Romains, aïeuls des Roumains, occupaient près du Danube et dans les Carpates les positions nordiques. On a retrouvé en Dacie 3000 inscriptions latines par rapport à seulement 35 grecques. Des 3150 anthroponymes qu’on peut constater, environ 75% sont romains, 15% grecques et seulement 4% thraco-daces. D’ailleurs, on doit ajouter que la Dacie a continué d’être considérée «un territoire dans l’aire du monde romain» après l’évacuation et qu’Aurélien avait maintenu des garnisons à Drobeta et Sucidava, forteresses se trouvant du côté gauche du fleuve. Il avait en plus vaincu le Gothe Connabaudes, ainsi que les Carpes et une partie de ceux-ci il les avait aussi colonisé dans l’empire. Par ailleurs, reste encore significatif le fait qu’après l’évacuation on avait érigé deux provinces portant le nom de Dacie au Sud du fleuve, la Dacia Ripensis et la Dacia Mediterranea, en attendant probablement une espérée reconquête!

«D’ailleurs l’évacuation, nous montre justement Maurice Besnier, ne fût pas complète. Seuls les soldats et les fonctionnaires romains furent ramenés d’office sur la rive droite... Quant à la population civile - je cède la parole toujours à Maurice Besnier! - elle ne fut pas tout entière entraînée dans ce repli. Elle dut être laissée libre de rester dans les villes et les villages auxquels les Romains renonçaient, ou aller s’établir au Sud, à l’abri de la barrière du fleuve. Il est certain qui si beaucoup de citadins et de grands propriétaires aimèrent mieux émigrer, la masse des paysans ne bougea pas; elle s’organisa spontanément en communautés autonomes, se fondit avec les nouveaux occupants barbares de souche gothique et les gagna peu à peu à sa propre civilisation». «Ainsi s’explique, ajoute encore Besnier, la persistance si tenace de la race et de langue latines dans la contrée que Trajan avait conquise et qui porte encore aujourd’hui le nom de Roumanie».

Le titres honorifiques de Dacicus Maximus et surtout celui de Carpicus Maximus a été octroyés à presque tous les empereurs des dernières décennie du IIIe et du début du IVe siècles, ce qui met en évidence leurs efforts militaires de l’époque postérieure à l’évacuation dans la zone du Bas Danube et au delà du fleuve. Galienus, Dioclétien et Galère (dont la mère était Dace) ont combattu dans la zone, ont entretenu les têtes de pont romains du côté gauche du Danube, ont maintes fois vaincus les Carpes ou les Goths, en procédant aussi à des colonisations de ceux-ci dans l’empire.

La romanisation a continué d’ailleurs en Dacie après le repli. D’un côté s’est produite une symbiose entre les Daco-Romains et les Daces d’au-delà des limites de la province romaine, d’un autre côté les fouilles archéologiques prouvent les contacts entre les deux parties de la romanité orientale séparées par le fleuve et par le repli. La présence des produits venant du Sud du Danube et qui se répandaient dans toute l’aire dace, pas seulement dans l’ancienne province, ainsi que les découvertes numismatiques - quelques centaines, dont une soixantaine de trésors - démontrent indubitablement ces liens qui se poursuivent et à la fois la continuité au nord du fleuve de la population romanisée et qui par ailleurs, romanisait, à son tour, les Daco-Gètes libres. Paradoxalement, d’un certain point de vue, l’évacuation a offert un cadre plus large au processus de romanisation!

Pendant les dernières décennies du IIIe siècle et au début du IVe les Illyriens Dioclétien et Constantin le Grand ont contribué au redressement de l’empire. Fils de Constance Chlore, Constantin, dont «le nez aquilin, le regard fier et brillant» donnait «une impression de force et de beauté». Formé «à l’école de Dioclétien», qu’il avait suivi en Egypte, il s’était imposé dès sa jeunesse à ses contemporains. Il avait ensuite démontré ses qualités à Galère, en luttant, entre autres, dans la zone du Danube. En 306, il avait réussi à rejoindre son père à l’Ouest de l’empire, le secondant dans la campagne que celui-ci menait. Mais, Constance mourut et devant le jeune Constantin s’ouvrit la porte des grandes destinées. Dioclétien s’était retiré et Galère tardait de reconnaître à Constantin le titre d’Auguste. Comme Jules César, Constantin allait trouver en Gaule les ressources nécessaires qui allaient lui permettre d’assumer son grand rôle historique. Galère mort, Maxence vaincu, Constantin fut reçu à Rome “en libérateur”, il prit le nom de Maximus Augustus. En février 313, à Milan, il se partagea avec Licinius l’empire. Le système de la tétrarchie avait pris fin! En automne 314, la première guerre avec Licinius affirma l’évidente suprématie de Constantin. Le vaincu dut lui céder les Balkans sauf la Thrace et les côtes du Pont Euxin.

En été 315, Constantin se trouva encore une fois à Rome; il était déjà maintenant Constantin le Grand (Maximus). Mais, comme Albertini l’a remarqué, maintenant l’empereur «se tenait de préférence dans les provinces qu’il venait d’acquérir», donc en Europe orientale, surtout qu’il devait défendre la ligne du Danube soumise presque sans interruptions aux attaques. Mais, il ne cessa d’administrer très efficacement l’ensemble de ses possessions, surtout quand, après la seconde guerre avec Licinius il y devint le maître absolu de tout l’empire. Il consolida l’«absolutisme impérial et acheva d’organiser la hiérarchie de nombreux fonctionnaires», d’accroître considérablement l’armée permanente, transformant l’empire dans «un immense camp», d’administrer la justice, en cherchant d’après le poète Porphyre Optatien «d’adoucir par la justice la rigueur des lois». En fait, il était dans les limites de son époque un innovateur et un modernisateur.

Comme son père Constance, Constantin s’était aussi montré ouvert au monothéisme, mais surtout ils avaient été attirés par “le culte solaire”. Se trouvant encore en Gaule, il avait une vision dans un temple d’Apollon, qui, selon Piganiol, avait subi ultérieurement un «réarrangement chrétien». En tout cas, après la terrible étape de persécutions dioclétiennes, Galère avait émis en 311 un édit de tolérance pour les chrétiens, leur ordonnant seulement «de prier leur dieu pour lui-même et pour l’Etat». En 312, Constantin «a été conquis au culte de la croix» et il arriva évidemment à la conviction «que la religion chrétienne» était «la forme éminente de la religion universelle dont il était déjà l’adepte». Le baptême il ne le recevra qu’au seuil de sa mort, en 337, mais cela ne l’empêcha pas à soutenir et même à diriger la nouvelle Eglise et à organiser le concile de Nicée de 325.

Les dernières décennies de son règne il les passa surtout dans la partie orientale de l’empire, où, d’ailleurs, il allait construire une nouvelle capitale. C’est ainsi que les Daco-Romains, ancêtres des Roumains, dont les premiers allaient former le noyau principal de constitution, furent compris directement et indirectement dans ses actions. Son rôle fut d’une certaine manière essentiel, lors d’un moment décisif d’un processus historique concernant l’un des peuples romans. Il est bien vrai qu’aussi ses précurseurs à la direction de l’empire avaient été préoccupés du maintien de la présence romaine au Danube, mais Constantin s’impliqua d’une manière toute particulière. Il déplaça sa résidence principale à Sirmium (à l’ouest de Belgrade) jusqu’en 319 et ensuite à Serdica (Sofia d’aujourd’hui). En 322 il mit fin en Pannonie à une invasion des Sarmates et ensuite refoula et tua Rousimond, roi des Goths qui avait franchi le Danube. L’année suivante il allait être engagé dans une campagne contre les Goths au nord du Danube. Constantin se montra préoccupé non seulement de la frontière du Bas-Danube, mais aussi il fut préoccupé d’affirmer plus avant les droits de l’empire dans la zone. Vaincu, Lepidus avait dû lui céder une partie de ses possessions et la préfecture du prétoire de l’Italie comprit dorénavant deux diocèses d’Italie, le diocèse africaine et l’Illyricum, respectivement les diocèses de Pannonie, des Dacies sud-danubiennes constituées par Aurélien et le diocèse de Macédoine.

Constantin le Grand créa une nouvelle capitale de l’empire dans sa partie orientale, à Byzance. Comme Albertini l’a bien remarqué, «assez éloigné du Danube pour être à l’abri d’un coup de main, Constantinople le surveillait d’assez près pour permettre de promptes ripostes aux agressions». Il est aussi vrai que le Bas-Danube représentait le secteur le plus menacé de la frontière romaine, ce qui motivait l’attention que l’empereur lui accorda. Cependant, il ne s’agissait pas seulement d’une attitude défensive, car les mesures prises tendaient à montrer qu’on envisageait même, après avoir constitué «un système défensif de vastes proportions», à réaliser une reconquête de la province évacuée par Aurélien et qu’à partir de 328, après avoir constitué au Danube «une zone de défense stratégique», l’empereur passa à des actions offensives visant l’intérieur du territoire nord-danubien.

La présence romaine du côté gauche du Danube fut accentuée, ainsi que dans la Dobroudja - la Scythia Minor - et évidemment du côté droit du fleuve. Constantin le Grand a refait les murs et les tours de Drobeta, de Dierna, de Sucidava, de Turris, de Constantiniana Daphne. Il y a aussi réalisé de nouveaux travaux, des fortifications et des fossés, de nouvelles portes ainsi que des tours. Des deux côtés du fleuve les forteresses situées près du Danube représentaient des bases de la flotte romaine danubienne. Dans les forteresses du côté gauche furent déplacées des unités des légions qui avaient été retirées par Aurélien. A Sucidava furent installées des cohortes de la légion V Macedonica, des cohortes de la legio VII et de la legio XIII furent fixées au Banat. Mais il ne s’est pas agi seulement de travaux visant des buts militaires, car furent initiés aussi des travaux visant à reconstituer les anciennes communautés urbaines, comme cela eut lieu à Sucidava. Pour ce qui fut de la Scythia Minor, Constantin le Grand ordonna la restauration de Histria, de Tropaeum Trajani, d’Ulmetum et de Halmyris, ainsi que de Capidava et de Dinogetia; tout un réseau de castella et castra défendait l’empire, mais en même temps pouvait offrir des bases d’attaque à l’avenir. En décrivant les travaux qui avaient été effectués par les empereurs des IIIe et IVe siècles, Procopios montre qu’ils avaient fait ériger des forteresses des deux côtés du fleuve, tenant compte aussi du fait que les barbares évitaient le siège des villes.

Les intentions d’avenir de Constantin le Grand, étaient aussi dévoilées par la construction du grand pont qu’il fit élever sur le Danube entre Oescus et Sucidava, pont inauguré d’une manière solennelle le 5 juillet 328 et qui avait une longueur de 2400 mètres. A cette occasion furent battus des médaillons commémoratifs et des monnaies. La reconstruction de la route de l’ancienne province au long de la rivière de l’Olt, en partant de Sucidava et Romula montrait également les intentions de l’empereur. A cela s’ajouta un vallum - “Brazda lui Novac” - de 700 Km long qui traversait le pays au nord du Danube, en partant de Hinova et en suivant le tracé Craiova, Costeşti, Ploieşti, Mizil; c’était une construction défensive d’amples proportions (3 m. hauteur, 30 m. largeur, un fossé de 2 m. profondeur et d’une largeur de 10 m.), réalisée, vers l’est surtout, à une grande distance du Danube. Evidemment ce vallum pouvait aussi permettre de préparer des actions offensives.

Dès 328 se déroulèrent des actions offensives. En 332 une armée battit les Goths et en 334 les Sarmates et les Vandales ont sollicité et ont obtenu leur établissement à l’intérieur de l’empire (Albertoni, 359). Mais toutefois, Constantin le Grand était entré dans la dernière étape de sa vie. Par ailleurs, dans les années trente, ce fut son fils Constantin II qui entreprit les opérations dans la zone du Danube; en 332 des monnaies portant l’effigie de Constantin II et comprenant aussi le pont de Sucidava y font foi. L’empereur a procédé en 335 au partage de l’empire entre ses descendants. Deux ans plus tard il est mort. La reconquête au moins partielle qui se profilait n’a plus eu lieu.

Toutefois, cette présence si active de Constantin le Grand dans la zone du fleuve, ainsi que les actions qu’il avait réussi d’entreprendre ont eu des conséquences de marquante importance pour les Daco-Romains. Pendant quelques décennies leur espoir a pu renaître. En plus, il ne s’était pas agi seulement d’opérations à caractère militaire. Les fouilles archéologiques confirment pleinement cela. D’ailleurs, l’évacuation de la Dacie n’avait pas conduit à un abandon d’un mode de vie. La langue latine s’était imposée en tant que liant de la population comprenant les autochtones daco-gètes mais aussi les colons et les vétérans de l’ex toto orbe Romano, comme le signalait Eutropius. Le retrait de l’Etat romain et de l’armée romaine avait permis le processus d’osmose avec les Daces libres et paradoxalement, comme on l’a souligné, avait élargi l’aire de la romanité orientale. Selon les résultats des fouilles archéologiques, la céramique romaine, les outils ou les armes romaines sont présents dans la province évacuée pendant les décennies suivant le repli. Les villes du sud du Danube produisaient encore aussi pour l’ancienne province évacuée et celle-ci était encore capable à contribuer à l’approvisionnement des régions voisines de l’empire. Ces phénomènes économiques sont attestés, entre autres, par une évidente accentuation de la circulation monétaire en Dacie, au delà du Danube, pendant le règne de Constantin. On doit encore ajouter que les monnaies, ainsi que la présence des produits romains, démontraient également la continuité sur le territoire évacué des Daco-Romains, car chez les migrateurs ils sont presque absents. En même temps, la présence ininterrompue de l’empire pendant encore des siècles au sud du Danube et dans la Dobroudja a contribué au développement plus avant du processus de la romanisation aussi au nord du fleuve. En réalité, il s’agissait encore de maintien - en dépit de l’évacuation de la Dacie trajane - d’une large zone de communauté de civilisation romaine et même de langue latine commune.

Les conséquences de ce raffermissement de la présence de l’empire, quelques décennies après l’évacuation, la reconquête même de territoires nord-danubien, marqués par la “Brazda lui Novac”, le vallum mentionné ont contribué au renforcement du processus de romanisation, auquel étaient soumis non seulement ceux qui avaient habités une province romaine, mais également les Daco-Gètes libres, se trouvant maintenant dans une communauté de vie avec la population romanisée. Le rôle de Constantin le Grand fut à ce propos des plus importants et on peut même lui attribuer, en bonne mesure, d’avoir contribuer à un moment décisif - quelques décennies après le repli - au parachèvement dans son ensemble du processus de romanisation de l’espace dace, donc au maintien de la romanité orientale, en étant ainsi un espèce de parrain du peuple roumain constitué au cours du demi-millénaire suivant, en partant des Daco-Romains.

Mais le rôle du fondateur de Constantinople fut important pour les ancêtres des Roumains aussi sur le plan religieux. Partisan du monothéisme, il avait évolué du culte solaire vers le christianisme qui s’affirmait avec tant de force et avec une capacité de résistance exceptionnelle à l’époque. Sur des monnaies se rencontraient encore en 312 «deux profils parallèles», celle du Soleil et «la sienne propre». Une prière de 313 rédigée par l’empereur est significative quant à ses positions confessionnelles à ce moment-là: «Dieu est le père de l’univers; le Ciel est le dieu visible (sensibile deus); le Soleil est le démiurge, inférieur au Père». Son évolution vers la christianisme avait toutefois lieu d’une manière accentuée. Sous l’influence de Hosius, évêque de Cordoue, l’empereur est arrivé progressivement à la conviction que la religion chrétienne est “la forme éminente de la religion universelle”. En 314 on constate déjà sur les monnaies “une petite croix à branches égales”; D’une certaine manière, Piganiol a parfaitement raison quand il affirme que Constantin, encore non-baptisé, “était chrétien sans le savoir”! En tout cas, il se comporta en chrétien bien avant son baptême.

Des traces des adeptes du christianisme sont constatés dans la province de Dacie avant l’évacuation, mais c’est certain que le nouveau statut reconnu à la religion de Christ par l’empereur Constantin a eu des conséquences décisives à cet égard dans la zone du Bas-Danube et en Dacie, dans l’espace se trouvant encore dans l’empire, mais aussi dans les territoires voisins, respectivement dans l’ancienne province évacuée. Peut-être ce n’est pas un hasard qu’une légende du Ve siècle relatait que Constantin aurait eu sa vision chrétienne «au cours d’une campagne contre les barbares du Danube»! En tout cas, les fouilles archéologiques ont relevé un nombre d’objets du IVe siècle, surtout de la céramique, qui portent le signe de la croix et cela non seulement dans la Dobroudja, mais aussi au centre de la Transylvanie, dans l’ancienne province romaine évacuée, à Apulum, Potaissa et Porolissum.

Des évêchés furent constitués dans la Dacia Mediterranea, en Moesia Superior et Schythia Minor et même l’hérésie arien put être constatée. En tout cas, l’essentiel est le fait, pour ce qui est des Roumains, que la religion chrétienne s’est répandue chez les Daco-Romains et que leur croyance a pris une forme latine, ce qui est démontré par la terminologie chrétienne qui a été adoptée dans la langue roumaine:

crux - cruce, christianus - creştin, sanctus - sfânt, angelus - înger, basilica - bisericã etc. Donc, au rôle que Constantin le Grand a eu concernant le parachèvement du processus de romanisation des aïeuls des Roumains, s’ajoute aussi celui qu’il a détenu en ce qui concerne leur christianisation. Evidemment, il ne s’agit pas d’actions directes, mais de conséquences décisives, même indirectes, de l’ensemble de ses actions.

 

Constantin le Grand est resté dans la mémoire collective des Roumains surtout par l’intermédiaire de l’Eglise. L’une des plus importantes fêtes de celle-ci, jusqu’à nos jours, est le 21 mai consacré a l’ancien empereur et à sa mère Hélène. A la fin du XVIIe siècle et au commencement du siècle suivant, le trône de la Valachie a été détenu par un autre Constantin, respectivement Constantin Brancovan. Evidemment on lui avait donné son nom en souvenir de saint Constantin le Grand, le premier empereur chrétien et lui-même a donné ce même nom à son fils aîné qui aurait dû lui succéder au trône. Mais il était évident que le souvenir du saint empereur Constantin était très fort dans la famille Brancovan, d’ailleurs puissamment marquée par ses sentiments religieux. En 1701, le second fils du prince régnant qui portait le nom d’Etienne (Ştefan) et que son père aurait voulu qu’il devienne prince régnant de Moldavie, a écrit en 1701 un éloge de Saint Constantin le Grand, à l’occasion du jour commémorant la mort de l’empereur. Cet éloge a été imprimé en 1701 et aussi en 1702. A son tour, le métropolite Théodose de la Valachie faisait à l’époque une comparaison entre le prince régnant valaque et le premier empereur chrétien, en écrivant que Dieu avait voulu élever à la dignité princière «un autre Constantin» qui se montrait, soutenait le métropolite, «similaire à l’autre» pour ce qui était du nom et de ses actions. Les destinées du prince valaque Constantin Brancovan et de ses quatre fils, dont aussi Constantin, ont été terribles. Après un quart de siècle de règne, il a été évincé du trône par le sultan, arrêté et conduit avec sa famille à Constantinople. Le 15 août 1714, le prince refusant d’abjurer et de passer à l’Islam, a été décapité. Avant cela, ses quatre fils avaient subi le même terrible sort, étant exécutés à tour de rôle devant leur père. L’Eglise orthodoxe a sanctifié relativement récemment le prince Constantin Brancovan et ses fils, en les introduisant dans le calendrier le jour du 16 août.

Parmi les 28 sermons d’Anthime d’Ivir, métropolite de la Valachie, au début du XVIIIe l’un est consacré au saint empereur Constantin et à sa mère Hélène. Le métropolite soulignait la piété de l’empereur, son attachement à l’égard de l’Eglise chrétienne, même avant que son baptême eut lieu, le rôle décisif qu’il avait eu lors du concile de Nicée. Il n’oubliât pas de mettre en évidence la modestie de l’empereur, en soutenant que l’empereur non seulement avait fourni les moyens nécessaires à l’édification des églises, mais qu’il y avait contribué de ses propres mains à la construction de celles-ci. Le métropolite fait l'éloge le comportement de ce «grand empereur, maître du monde», sa piété et sa modestie, en étant un modèle tant pour les grands et les riches que pour les pauvres.

 

Constantin le Grand est aujourd’hui encore présent dans le mental collectif des Roumains, par la fête du 21 mai qui lui est consacrée, par le nom de Constantin que portent maints Roumains et également, d’une manière indirecte, par le souvenir tragique de la mort en martyr du prince valaque Constantin Brancovan, lui aussi sanctifié par l’Eglise orthodoxe, mais tout d’abord Constantin le Grand représente pour les Roumains un lien - au delà des siècles - avec l’éternelle Rome.